oct 092011
 

Du 15 au 18 septembre, avait lieu la deuxième édition du « 1000 du Sud ».

M’étant régalé lors de la première édition, j’avais décidé de revenir cette année.

Au menu : 1002 kilomètres et 13000 mètres d’ascension à réaliser en moins de 75 heures…

Quelques variations au niveau du parcours par rapport à l’édition 2010, à commencer par le point de départ : Carcès, et non plus La Garde (près de Toulon).

La carte du 1000 du Sud édition 2011

Sophie Matter, à l’origine de cette épreuve formidable, et le club Argens Cyclos Carcès organisent cette deuxième édition.

1000 du Sud 2011 - Argens Cyclo Carcès

Le mercredi 14, possibilité nous était donnée de nous retrouver à 19 heures à la salle polyvalente « Oustaou per Touti » pour un repas en commun.

Nous voilà dans une salle immense séparée en deux par… une série de cibles pour tir à l’arc !

Tout autour de l’estrade, une collection de maillots du monde entier égaille un peu cette vaste pièce.

Une trentaine d’inscrits, un tiers seulement de Français…
Nous sommes exactement trois semaines après Paris-Brest-Paris, cela a dû en refroidir plus d’un, sans parler du taux d’abandon de l’an dernier : 50%…

Sophie nous accueille, nous donne nos cartes de route et le T-shirt de l’édition 2011. Le même que celui de 2010 ? Pas tout à fait… Si le dessin dans le dos est quasiment le même (le jaune « soleil » a remplacé le orange), sur la poitrine apparaît le nom du club de Carcès et le logo du Conseil Général du Var…
Pas de sponsoring commercial tonitruant ici, non, juste l’implication remarquable de quelques bénévoles et d’une commune pour accueillir de façon inoubliable trois dizaines de dingues venus savourer un belle brochette de cols…

Mais pour l’instant nous faisons connaissance ou nous retrouvons les uns les autres. Des « récidivistes », déjà présents l’année dernière ou des « collègues » rencontrés sur d’autres épreuves (brevets, Paris-Brest-Paris, Diagonales…).

Je suis vraiment ravi de revoir Joseph dont j’avais fait la connaissance l’an dernier. Victime malheureusement d’un méchant virus après son Paris-Brest-Paris, Joseph ne pourra pas participer à cette édition du 1000 du Sud, mais il est tout de même venu pour donner un coup de main à Sophie et soutenir Bob, son coéquipier de Vancouver, avec qui il avait prévu de rouler.
J’imagine sa déception de ne pouvoir prendre le départ. Malgré tout il n’a perdu ni son humour ni son sourire. Ni sa serviabilité.

Mein Lieblingsport ist Biertransport

Au menu ce soir… couscous ! Les parts sont copieuses, il y a du rosé, de la bière (même de la brune!) les bénévoles ont le sourire et… nous aussi !
Super ambiance, ça cause allemand, anglais, italien et même… français !
Une belle part de gâteau en dessert.
Pour un peu on oublierait que demain il va falloir s’attaquer à un tout autre menu…
Mais non, petit à petit chacun regagne son lieu de repos. Il y a ceux qui ont réservé à l’hôtel de Carcès, ceux qui dorment sur place sur un matelas de gym. Je rejoins mon fourgon, ma couchette sur mesure m’y attend. À côté, un italien réorganise son break pour s’y allonger.

Cinq heures du mat’, le 1000 du Sud s’éveille.
Les bénévoles se sont-ils couchés ? Toujours est-il que le « petit » déjeuner nous attend. Baguettes, croissants, jambon, omelette…
Nous ne devrions pas mourir de faim ce matin !

Sur le parking de « Oustaou per Touti » la municipalité avait dressé la veille une banderole « Départ ». Nous nous y regroupons. Sophie tamponne nos cartes de route. Le Maire est là. La lune nous observe.

07h00 : c’est parti ! Il fait beau, le fond de l’air est encore frais et humide mais on sent bien que ça ne va pas durer.

Nous traversons la « Provence verte », le relief est modéré, nous sommes pour l’instant à l’abri du vent.
Hier sur l’autoroute, en descendant la vallée du Rhône, je m’étais tout d’abord étonné de la faible consommation de mon fourgon. Jusqu’à ce que je prête attention aux arbres secoués en tous sens par un fort Mistral… Celui-ci me poussait allègrement vers le sud. Aujourd’hui je compte sur le relief pour nous abriter.

Tous les cours d’eau que nous franchissons sont à sec. « Mauvaises » herbes et cailloux emplissent des lits parfois bien larges.

En rejoignant la vallée de la Durance, au niveau de Manosque, le vent défavorable se fait nettement sentir.

Mes gourdes, soigneusement lavées après Paris-Brest-Paris, ont pris le goût du produit vaisselle. Je suis pourtant sûr de les avoir bien rincées. On dirait que la « tétine » est gorgée de ce produit. Cela commence à m’écœurer…

Kilomètre 93, Forcalquier, 1er contrôle.
Je m’arrête sur la terrasse d’une boulangerie-salon de thé. À l’ombre !
Je refais le plein de mes gourdes, mange deux sandwiches, bois un coca et de l’eau gazeuse, sans produit vaisselle !

Je reprends la route. La température continue de monter. La végétation petite et sèche ne nous offre aucune protection.
En chemin j’aperçois un âne dans un champ. Il se tient sagement à l’abri du soleil sous un arbre… Je suis en plein cagnard sur le bitume… Un âne et… un bourricot !

Banon (Km 118). Pas d’âne triste à Banon…
Joie, une magnifique fontaine municipale déborde de fleurs mais surtout d’eau fraîche. Je m’y asperge longuement. J’y trempe mon bandana, rafraîchi mes gourdes.

Un couple de Raymond-Raymonde (c’est comme ça que Stéphane baptise les retraités cyclotouristes) vient me faire la conversation. Évidement Monsieur a déjà tout fait, mais « cinquante kilomètres par jour c’est suffisant si l’on veut bien tout visiter. Et puis je me souviens qu’en… »
Bref j’enfile rapidement mon faciès de breton taciturne, sinon je crois bien que je vais devoir rester là à l’écouter toute la journée ou… le noyer dans la fontaine !

Je quitte à regret toute cette eau fraîche mais suis bien content d’échapper aux « Raymond » !
La chaleur me colle au bitume, l’eau des bidons n’est pas restée fraîche bien longtemps, elle est dégueulasse, cocktail de plastique chaud et de produit vaisselle…

Cependant le paysage est magnifique. Me voilà au belvédère de la Nesque (Km 157). Vue superbe sur les gorges.
En redescendant la route passe sous un certain nombre de courts – et bas – tunnels creusés à même la roche. Dans ce sens leur hauteur va croissant. Il n’empêche que chacun d’eux est précédé du panneau réglementaire : « hauteur limitée à… ». 2,50 mètres pour le premier, 3 mètres pour le suivant et 3,60 mètres pour le troisième… Il me semble que si l’on a réussi à franchir le premier il faut vraiment faire preuve de mauvaise volonté pour se coincer sous l’un des suivants…

Villes-sur-Auzon, Flassan (Km 179) se vantent d’être le « terroir de la cerise ». Il serait temps que je me la refasse… la cerise !

Bédoin, kilomètre 185, 2ème contrôle.
Pas le temps de chercher la fille… Il est urgent de ravitailler le chameau.
Je fais le plein de boissons fraîches à emporter dans une supérette et m’installe à une terrasse de café, à l’ombre de sympathiques platanes pour manger un peu et commander de la menthe à l’eau avec plein de glaçons.
Le cercle vicieux est en route, je le sens bien. Il fait chaud, l’eau des bidons est infecte, je ne bois pas assez, me déshydrate, n’ai pas envie de manger, perds des forces, avance moins vite que prévu…

Col de la Madeleine (Km 191) des plaisantins ont rajouté un « 2 » sur le panneau, propulsant ce petit col sympathique à (2)448 mètres !

À 19h30, à Mondragon (Km 242), je profite d’une pharmacie encore ouverte pour acheter un tube de biaphine. Je crains que le soleil ne me transforme en écrevisse et préfère avoir de quoi lutter en cas de brûlures cette nuit à l’hôtel. Dans la rue, à l’ombre depuis un bon moment compte tenu de son orientation, la pharmacie affiche encore 33,5°…

St Martin d’Ardèche (Km 260), 3ème contrôle.
Je m’arrête sur une terrasse de café. Il fait encore bien chaud, il y a de la musique, des lampions, une ambiance bien sympathique. Je commande un Perrier, me force à manger, m’équipe pour la nuit. Re-plein des bidons.

Il faut repartir. Il reste 70 kilomètres avant Aubenas terme de ce premier jour.
J’attaque les gorges de l’Ardèche.

Dans la nuit j’aperçois au loin ce qui me semble être le feu arrière d’un vélo. Involontairement j’accélère. Le feu est encore loin, la route fait des méandres trompeurs. J’ai beau me dire « roule à ton rythme » la nature prend le dessus et je sens bien que mine de rien je cherche à le rattraper.

Soudain un vélo déboule dans l’autre sens ! Le gars me demande (dans le noir) si je suis X ?! Non, moi c’est Roland ! Le type continue sans ralentir…
Plus loin, sur le bord de la route, une voiture attend avec visiblement un petit ravito de campagne tout prêt… Mais heureusement ce n’est pas pour moi ! Autonomie, autonomie !

La lune se lève enfin, éclairant les gorges de sa lumière si particulière. Elle était pleine le 12 (il y a trois jours). Pour un peu on pourrait la toucher. J’adore rouler de nuit sur des routes désertes avec la lune comme complice.

À Pradons (Km 308) une estafette de Gendarmerie se porte à mon niveau, le passager baisse sa vitre et me demande fort aimablement « dites donc, on voit plein de gens comme vous. Qu’est-ce que vous faites ? » Je lui explique, il me souhaite bonne route et bon courage. Je leur en souhaite tout autant.
Du coup je sais que je suis loin d’être le dernier.

La mairie affiche 26° (il est 23h40). J’avais pourtant l’impression qu’il faisait frais…

Aubenas, (Km 330), 4ème contrôle. Me voici enfin dans ma chambre à l’Étap-Hôtel d’Aubenas.
Je ne perds pas de temps. Une bonne douche et, comme je ne sens pas trop les brûlures du soleil, me couche en sautant l’étape « tartinage ».

Vendredi 16 septembre 2011.
05h00, le réveil sonne. Il est temps de repartir.
Inutile de trop s’habiller, on commence par l’ascension du col de l’Escrinet. (787 m. Aubenas est à 212 m).

Dans l’ascension je mets pied à terre pour boire un coup. Je suis rejoins par Bob le canadien de Vancouver puis deux autres cyclos. Tous me demandent si ça va. OK pas de problème. Quand je pense que deux clubs de vétérans se sont encore « foutus sur la gueule » lors d’un match de foot le week-end dernier…

On se retrouve au col pour la photo du panneau sur fond de lever du jour et pour s’équiper pour affronter le froid de la descente sur Privas.

À Privas (Km 357) je m’arrête prendre un grand café et un croissant (pas terrible). Je ne m’attarde pas.

Saillans (Km 410), 5ème contrôle.
Je connais Saillans pour m’y être déjà arrêté plusieurs fois. Sur la façade du café : « Planchetta à toute heure ». Salivant déjà je passe commande. Ah non, ce n’est pas l’heure ! En gros , « à toute heure » ça signifie de 12h00 à 14h00… Mais je peux aller m’acheter quelque chose à la supérette un peu plus loin et venir le manger en terrasse, me suggère gentiment la patronne. Ce que je fais.
J’ai soif. Très soif. L’impression que je n’arriverai jamais à la combler. Par contre je n’ai pas faim. Or je ne peux envisager de continuer à rouler par monts et par vaux sans manger.
Je me force à avaler une grosse barquette de taboulé. Cela me prend un temps dingue.

En repartant je suis immédiatement cueillis par la chaleur.
Quelques kilomètres après Saillans nous quittons la vallée de la Drôme pour celle de la Roanne. Le paysage est superbe. La route monte, la température aussi !
Au Tavard (557 m) une table en bois, encore à l’ombre, m’appelle. Je m’y allonge de tout mon long, mon « biberon » à la main. Lorsque, soudain : « M*rde ! J’ai oublié de faire tamponner ma carte à Saillans ! ».
C’est la première fois que cela m’arrive. Normalement je commence toujours par valider mon passage en arrivant à un contrôle mais l’épisode de la planchetta ratée m’a fait oublier de tamponner…
(Très) brièvement l’idée de redescendre m’effleure. Puis je me dis que j’ai pris une photo de ma pause au café devant l’église de Saillans, j’ai même mis mon blog à jour à ce moment là. Cela devrait fait l’affaire…

Une belle rafale de cols : col des Guillens (802 m), col du Portail (805 m), col de Vache (887 m), col des Roustants (1028 m).
Au-dessus de 900 mètres la température devient agréable. Paradoxalement, en descente au lieu d’air frais c’est de l’air suffocant qui m’accueille. La sensation de rouler derrière un réacteur d’avion.

Rémuzat (Km 470), 6ème contrôle.
La pharmacie affiche 35° à l’ombre.
Je me force à manger un sandwich.
Du fait de ma déshydratation je manque de forces et roule moins vite que prévu.
M’alimenter m’est difficile et je perds du temps à me forcer à manger, trop peu.
C’est ainsi que je quitte Rémuzat avec deux heures de retard sur mon planning.
Ce retard n’est pas dramatique en lui-même. J’ai de la marge. Ce qui m’inquiète c’est que ce soir j’ai réservé une chambre à Mens (Km 580). Il s’agit d’une auberge de village, j’ai déjà négocié au téléphone, lors de la réservation, une arrivée tardive. Je répugne à l’idée de devoir tirer les gens du lit pour m’ouvrir la porte. J’ai déjà deux heures de retard. Il me reste 110 kilomètres comprenant plusieurs cols dont le col du Festre à 1441 mètres…

En chemin je gamberge sur toutes ces données. Quand je songe qu’initialement jamais pensé ne pas réserver d’hôtel et dormir aux heures les plus chaudes de la journée afin de rouler la nuit. Finalement, au dernier moment j’avais décidé de revenir à un schéma « normal » et réservé à Aubenas (Km 330), Mens (Km 580) et Saint-André-les-Alpes (Km 890).

Il est trop tard pour regretter.

Première chose à faire, annuler ma chambre à Mens. Il est clair que de toute façon j’y serai trop tard. Inutile de la bloquer, elle peut peut-être servir à quelqu’un.

Maintenant il me reste deux options : m’arrêter dormir avant Mens ou décider de rouler toute la nuit. Pour cette dernière option, je suis tellement crevé que je ne peux sérieusement l’envisager. Il aurait fallut le décider plus tôt et faire une bonne sieste lorsqu’il faisait si chaud…

Bref me voilà pris en tenaille entre la nécessité de m’arrêter dormir cette nuit et le fait que si je me lance dans l’ascension du col du Festre je risque fort de ne rien trouver et de devoir dormir dehors sans être équipé pour cela.

Connaissant bien la région je décide de m’arrêter à Serres (Hautes-Alpes), 34 kilomètres avant le col du Festre, et d’y dormir au moins quelques heures.

J’informe Jeff de mon intention de rester dormir ce soir à Serres. Il me propose de venir dormir chez lui à Gap. J’hésite, c’est très tentant, je suis exténué. Mais Gap n’est pas sur la route. Y aller cela signifie abandonner. D’un autre côté, quelques heures de sommeil à Serres suffiront-elles pour me permettre de repartir en bonnes conditions ? De Serres à Briançon il y a 197 kilomètres difficiles. Je n’ai pas très envie de m’y embarquer sans être certain de pouvoir le faire sans risque. Et je ne peut me permettre d’arriver hors délais.
En quelques secondes ma décision est prise : OK je vais dormir chez Jeff ce soir et demain je rejoindrai le parcours au niveau du lac de Serre-Ponçon. Cette fois je raccourcis le trajet mais je maintiens le délai !

Pendant ce temps les affaires continues : col de Palluel (801 m), col de la Saulce (877 m).

Avant Serres, Jeff arrive avec sa voiture. On charge le vélo, il met le cap sur Gap et me dit « je viens de croiser un vélo couché ». Nous le rattrapons rapidement. Il s’agit de Serge que j’avais déjà rencontré l’an dernier lors du 1000 d’Auffay. Il a l’air bien fatigué mais il continue ! Il a tout ce qu’il lui faut, aussi nous ne le retardons pas plus.

Arrivé chez Jeff je prends une bonne douche, j’enfile les fringues les plus grandes qu’il ait à me prêter et avec sa compagne nous allons manger… un couscous !

Samedi 17 septembre 2011.
Ce matin, pas d’affolement !
Maintenant que j’ai transformé ce 1000 du Sud en une randonnée perso, autant bien profiter de cette nuit de repos.
J’ai donc particulièrement apprécié le canapé de Jeff, une bouteille d’eau à portée de main.
Un bon petit-déjeuner et c’est totalement requinqué que je reparts, guidé par Jeff qui m’accompagne pour quitter Gap par la bonne route.
Mon intention : rejoindre le parcours officiel au niveau du lac de Serre-Ponçon (vallée de l’Ubaye).

En bleu : mon parcours pour rejoindre le tracé prévu

Au moment de nous quitter, nous nous prenons mutuellement en photo !

Il fait très beau mais la météo annonce de forts orages…

Lorsque je rejoins le parcours officiel, Le ciel s’est couvert.
Je m’arrête faire des photos de la vallée de l’Ubaye et décide de manger un sandwich.
Soudain un voiture arrive, au moment ou elle passe à mon niveau j’ai l’impression de reconnaitre Ghislaine, la femme de Joseph. Quelques centaines de mètres plus loin la voiture s’arrête et… Joseph en descend !
Il vient à ma rencontre. Ghislaine et lui font le parcours en voiture, réalisant un véritable reportage photo !
Cette rencontre surprise au moment même où je venais de rejoindre le trajet officiel me fait vraiment chaud au cœur !
Ce n’est qu’après que je réalisais que je n’avais malheureusement pas eu le reflex de prendre une photo…

Regonflé à bloc, j’entame l’ascension du col St Jean (1332 m), du col de Maure (1346 m) puis celui du Labouret (1240 m) avant d’arriver enfin à Digne.
Je dis « enfin » car, preuve que tout va bien, je meurs de faim !

Au « Grand Café » je commande une belle part de « quiche tartiflette » et un coca.
Le ciel est dégagé. La terrasse est pleine. Une impression de vacances.
À la table d’à côté, une famille déguste des coupes glacées. Évidemment mon vélo, mon accoutrement et… mon appétit (!) ne passent pas inaperçus… J’entends la plus grande des ados dirent en parlant de ma « quiche tartiflette » : « jamais je pourrais manger un truc pareil à cette heure-ci ! ».
C’est pourtant facile : quelques centaines de kilomètres de montagne à vélo ouvrent l’appétit !

J’hésite à reprendre une autre part de tartiflette… mais la raison l’emporte, je repars.
Bien m’en a pris. Même si c’était délicieux, les premières dizaines de kilomètres vont être un peu plombées par une digestion difficile…

Le ciel se couvre à nouveau. Ça sent l’orage…
Col de l’Orme (734 m) le ciel est bien tristouille.
En arrivant sur Barrême l’ambiance est extraordinaire : le ciel est parcouru en tous sens par les éclairs, le tonnerre se répercute dans la montagne. Impressionnant mais pour l’instant il ne pleut pas…
Je m’équipe pour la nuit car la lumière a bien diminué.
Une fois le col des Robines (988 m) franchi je pénètre dans un brouillard particulièrement dense. Je suis en plein dans les nuages bloqués au-dessus de Saint-André-les-Alpes.
La route est trempée ! Des trombes d’eau ont dû s’abattre avant mon arrivée, le goudron « fume » !
La traversée de St-André est spectaculaire : un train continu d’éclairs. L’éclairage public fonctionne en alternance avec ceux-ci !

À la sortie de la ville j’arrive à mon hôtel. J’ai bien fait de réserver, celui-ci est complet.
Je prends possession de ma (petite) chambre et sans tarder me rends à la salle à manger. Par chance on accepte de me servir encore.
Dehors le déluge se déclenche !
L’hôtel est régulièrement plongé dans l’obscurité… Je ne pense qu’à une chose : « pourvu qu’ils arrivent à faire cuire mes tagliatelles ! »
Une île flottante de circonstance en dessert et, après une bonne douche, au lit !

Dimanche 18 septembre 2011.

Départ de l’hôtel de Saint-André-les-Alpes à 03h30.
Tout est trempé. L’orage est toujours là, le ciel est parcouru d’éclairs…

Preuve de la violence des orages de ces dernières heures, la route est jonchée de pierres et de feuilles mortes. Mieux vaut être vigilant…

Dans le noir j’aperçois le feu arrière d’un vélo.
Je le rejoins rapidement. C’est Bernard Péguin, un phénomène qui a effectué une dizaine de BRM 1000 l’an dernier, dont celui d’Aufay où nous nous étions rencontrés pour la première fois.

Bernard à cassé sa roue avant du côté de La Motte Chalançon (Km 460), et a pu s’en faire prêter une autre par un vélociste à Nyons.
Mais la roue cassée était équipée d’un moyeu-dynamo chargé d’alimenter son phare avant… Avec sa roue de secours Bernard a pu continuer mais n’a plus que sa lampe frontale pour éclairer devant lui !
Le brouillard dû à la forte humidité ambiante de cette nuit font qu’il ne voit pas grand chose, d’autant que sa vue n’est déjà pas très bonne…

Je me mets devant et lui sert… d’éclaireur !

Nous allons encore nous faire tremper…
En arrivant à Ampus, dernier contrôle avant l’arrivée, nous sommes trois. Il tombe des trombes d’eau…
La boulangerie n’a pas de tampon. De toute façon une boisson chaude se fait espérer depuis un moment déjà.
Par chance le bistrot est ouvert et je peux accompagner mes croissants d’un grand café.

Je ne m’attarde pas. Il ne reste que 36 Km et j’ai hâte de prendre une bonne douche chaude et de me changer pour du propre et du sec !

C’est finalement à 09h30 que j’arrive à Carcès. Dans les délais certes, mais en ayant quelque peu raccourci le parcours !!! (754 Km au lieu de 1002…)
En clair : en 2010 j’ai respecté le trajet et cette année j’ai respecté le délai !
En 2012, je tacherai de respecter les deux !!!

L’accueil à l’arrivée à Carcès est à la hauteur de celui d’avant départ.
Sophie et des membres du club sont là, il y a de quoi petit-déjeuner.
Joseph et Ghislaine sont également présents.

J’apprends que Pascal Bride a été victime d’une chute dans la nuit : il a heurté un marcassin qui traversait la route !
Malgré une clavicule cassée il a réussi à finir et à valider son deuxième « 1000 du Sud » !
Pascal, et son pote Gilles (victime lui aussi d’une chute en ayant quitté la route pour éviter Pascal), sont à l’hôpital à Brignole.

Après m’être restauré je prend une bonne douche, enfile des vêtements propres, enfourne mes fringues trempées dans un sac poubelle, et charge mon vélo dans mon fourgon.

Alors que nous nous apprêtions à aller manger en ville, Serge arrive sur son vélo couché ! Il a un peu raccourci le trajet, il est hors délai mais il est radieux. Le seul vélo couché a avoir terminé un « 1000 du Sud » jusqu’ici…

Nous voilà donc un petit groupe, participants, organisateurs, bénévoles… à clore cette deuxième édition au restaurant à Carcès.
Le pire c’est… qu’il fait froid !!!

En repartant cet après-midi j’ai fait un petit détour pour rendre visite à Pascal et Gilles à l’hôpital de Brignole.
Gilles semble s’en être bien sorti (il a volé dans les buissons pour éviter Pascal).
Pascal est tout de même bien amoché. Une clavicule de cassée et un œdème géant particulièrement spectaculaire…
J’espère qu’il se remettra rapidement.

Cet accident improbable et cette météo bien maussade pour finir sont venus jeter une ambiance tristounette sur une épreuve pourtant formidable.

Une fois encore un grand MERCI à Sophie Matter, à l’Argens Cyclos Carcès et à la ville de Carcès pour l’organisation et l’accueil exceptionnel de cette deuxième édition du 1000 du Sud !!!

À l’année prochaine !

mai 312011
 

Ce weekend avait lieu le BRM 600 de Brest (29).

Ce brevet était pour moi le quatrième et dernier de la série qualificative (200/300/400/600) en vue de l’inscription au prochain Paris-Brest-Paris.

Le départ était fixé au samedi 27 mai à 06 heures pour une arrivée le dimanche avant 22 heures, le délai pour un 600 étant de 40 heures.

Ayant déjà effectué ce brevet en juin 2010, j’en connaissais le parcours particulièrement exigeant.

Le parcours :

28-29 mai 2011 : BRM 600 Km de Brest

La feuille de route :

28-29 mai 2011 : BRM 600 Km de Brest, la feuille de route

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

04h00 : le réveil m’arrache, aux forceps, des bras de Morphée. Qu’il est dur de se lever tôt, lorsqu’on est un couche tard…

Si tu cherches à te réveiller
Viens donc faire un tour à Lambé

Je suis la procédure de démarrage en mode « tout automatique » :

  • je fais bouillir l’eau, rajoute les 180 grammes de pâtes prévues et… me force un peu !
  • un bon café !
  • une bonne douche !

Enfin, le calculateur central reprend les commandes, je monte dans mon fourgon (le vélo, prêt à rouler, avait été chargé la veille) et…

Si sur 600 bornes tu veux pédaler
Viens donc faire un tour à Lambé

À la maison de quartier de Lambézellec je retrouve avec plaisir Joël et Marie Jam, diagonalistes et membres du club organisateur. Les formalités sont vite réglées vu que je m’étais inscrit dès l’arrivée du 400 de Guipavas.

Dans le groupe qui s’apprête à prendre le départ je reconnais Gilbert et Désiré, deux amis diagonalistes du Morbihan, des cyclos croisés lors des autres brevets et fais la connaissance de Stephane (Stephmev) du forum des longues distances.

BRM 600 de Brest BRM 600 de Brest : le départ

Après un contrôle des éclairage, à 06h00 le départ est donné ! Température : 5°…

Si la Bretagne tu veux traverser
Viens donc faire un tour à Lambé

Comme il se doit je pars le dernier, hésite un instant à prendre le boulevard de l’Europe puis décide finalement de rejoindre Guipavas par la zone industrielle de Kergaradec ce qui permet d’éviter les travaux du tramway.
Je rejoins un certain nombre d’autres cyclos. Dans Kergaradec certains cafouillent à un carrefour, c’est bien de rouler vite encore faut-il savoir où l’on va… Je suis dans le groupe de ceux qui prennent les petites routes qui vont de la zone industrielle au centre de Guipavas. Avantage aux régionaux de l’étape…
Désiré est avec moi, il a perdu Gilbert son comparse de diagonales et ne sait si celui-ci est devant ou derrière. Je suppose qu’il fait parti du groupe qui a foncé sur Gouenou et donc qu’il est derrière…
Une fois Guipavas atteint, nous voilà sur la D712. Maintenant les chose sont simples, nous sommes sur la route du Paris-Brest-Paris et nous rejoignons notre premier contrôle, Carhaix, via Landerneau, Sizun, le Roc’h Trévézel et Huelgoat.
En chemin Gilbert nous rejoint. Désiré est rassuré !

En juin 2010, du fait de mon accident, j’étais parti sur ce brevet sans entrainement et donc sans rien réserver, ne sachant si je pourrais tenir jusqu’au bout. J’avais finalement dormi dans un champ quelques kilomètres après Redon.
Cette année j’ai préféré réserver une chambre dans un hôtel situé exactement sur notre route à Peillac, 14 kilomètres après Redon (Km 345). L’hôtelier au téléphone m’a dit qu’il n’y avais pas de problème pour arriver à 22 heures. J’ai donc établi mon plan de route pour une arrivée à cette là.

En discutant avec Désiré j’apprends que Gilbert et lui ont également réservé une chambre dans cet hôtel (8 chambres), en disant qu’ils avaient annoncé une arrivée pour 23 heures… Bonne nouvelle, je sais donc que j’ai une heure de marge au cas ou…

Ce brevet de 607 kilomètres présente 7 contrôles intermédiaires avec la particularité d’un long tronçon (172,5 kilomètres) sans contrôle. Ceci afin de faciliter la partie « nocturne » durant laquelle il est toujours « compliqué » de valider son passage (envoi de cartes postales, retrait bancaire, photographie devant un panneau d’entrée de village…). De toute façon, de Redon à Coray on ne peut faire plus court que l’itinéraire proposé.
Mais du coup, cela fait 5 contrôles pour aujourd’hui samedi et seulement 2 pour demain dimanche…

À Carhaix le « P’tit bar est fermé » (Cf. le CR du 400 de Guipavas)) je valide donc dans un autre troquet un peu plus loin, en compagnie d’un certain nombre d’autres « collègues ».

Le temps est au beau, le fond de l’air restant frais. Nous ne souffrirons pas de la chaleur comme l’an dernier.
Petit à petit le vent se lève mais il a une composante favorable.

À Corlay je vais droit vers la supérette pour acheter de l’eau et valider ce deuxième contrôle.
Je m’alimente, refais le plein des bidons, la « vidange moteur » et reprends la route. Je suis à la lettre mon plan de vol : pas d’arrêt hors contrôle mais 30 minutes à chaque contrôle.

Notre brevet possède un long tronçon commun (Commana – Bécherel) avec le BRM 600 de Laval auquel participent un certain nombre de gars que je connais.
C’est ainsi que je croise du côté de Loudéac, entre autres, Stéphane (dit « Popiette » – Cf. La Flèche Vélocio) et « Phil35. » du forum Super Randonneur.

La trinité-Porhoët, 3ème contrôle (Km 190), nous nous retrouvons un certain nombre dans le même bistrot (d’un autre côté il n’y en a pas 36 ;-) ). La routine : un Perrier, un coup de tampon sur la carte, un gâteau énergétique (nouvelle recette personnelle, testée pour l’occasion et approuvée !!), le plein des bidons. La queue à l’unique WC et… une demi-heure ça passe vite !

Le contrôle suivant, Bécherel, est le point le plus à l’est de notre parcours. En approchant je vois arriver Jean-Louis à ma rencontre. Il était venu le matin voir les gars du brevet de Laval puis il est parti à la mer et est revenu pour voir les gars du brevet de Brest !

BRM 600 de Brest : arrivée à Bécherel

Jean-Louis a repéré que le Bar-Restaurant situé en arrivant sur Bécherel fait bien parti de cette commune et comme par chance il est ouvert nous pouvons y valider notre contrôle sans devoir pénétrer vraiment dans l’agglomération. C’est toujours ça de gagné !

BRM 600 de Brest : contrôle de Bécherel

Bécherel marque un tournant dans le brevet. Au sens propre du terme. Globalement depuis le départ nous avions mis cap à l’est. Maintenant nous mettrons cap au sud.

Mon arrivée à Bécherel est aussi pour moi l’arrivée d’un « coup de mou ». Je pense que je ne me suis pas suffisamment alimenté. Les pâtes du petit-déjeuner sont loin et mes gâteaux énergétiques ne suffisent pas. Il me faut du salé d’autant que j’ai beau boire régulièrement j’ai toujours tendance à me déshydrater.

Je me dis qu’il ne faut pas que je tarde à m’approvisionner avant que les commerces ne ferment si je veux avoir de quoi manger ce soir, cette nuit et demain dimanche jusqu’à « ma » supérette de Pluméliau (Km 421), premier ravitaillement trouvé l’an dernier.

Maintenant le vent présente une composante défavorable et je dois donc lutter contre lui malgré des forces en baisse.

Sur les communes que je traverse je ne vois que des boulangeries et donc que des possibilités de viennoiseries ou de pâtisseries bien sucrées. Or je « rêve » d’un jambon-beurre…
Pas envie non plus de m’écarter de ma route à la recherche d’une éventuelle supérette.

19 heures. Je me dis que j’aurais du m’acheter un pain complet à manger tel quel plutôt que de filer sans rien. Maintenant les commerces vont être fermés…
Mais non ! Dans Plélan-le-Grand (Km 287) je passe devant un petit supermarché qui ferme à 20h00 !
J’en profite pour faire le plein de victuailles : sandwiches, petits pains, jambon, rosette de Lyon, St-Yore…
Je mange illico deux sandwiches pain-complet-jambon-emmental et tente de caser le reste dans ma sacoche…
Coût de l’arrêt : 30 minutes. Mais ça va mieux. Nettement mieux même. Comme quoi un moteur ne peut fonctionner indéfiniment sans carburant.

En arrivant à Redon (Km 331), dernier contrôle du jour, je valide ma carte dans une pizzeria. Je ne suis pas le seul à y être passé puisque la serveuse en me voyant sort immédiatement le tampon de la maison et me dit qu’on l’a prévenue que d’autre allaient venir dont un en maillot vert… Ce n’est pas moi, le mien est bleu-blanc-rouge (Paris-Brest-Paris 2007). Le gars en question doit être derrière.

En repartant il ne me reste que 14 kilomètres jusqu’à l’hôtel que j’ai réservé à Peillac. Je leur ai passé un coup de fil pour les prévenir que je venais bien mais que j’aurai une demi-heure de retard. Pas de soucis.

J’arrive donc « Chez Antoine » à 22h30, soit trente minutes plus tard que prévu mais j’ai mangé et je trimbale de quoi me rassasier copieusement tout le dimanche.

Chez Antoine - 56220 Peillac

Le temps de voir avec la patronne pour mon départ à 05h00, de récupérer ma chambre et d’aller ranger mon vélo dans la remise, Gilbert et Désiré arrivent !
« Tu comptes repartir à quelle heure » me demande Gilbert. « J’ai prévu 05h00. Mais je pense partir un peu avant »…

En fait j’ai prévu un arrêt de 7 heures à l’hôtel. Me basant sur l’expérience de l’an dernier (impossible de prendre un café avant 08h00) je me suis dit qu’il ne servait à rien de partir trop tôt. Après tout c’est un brevet, on a 40 heures pour le valider. Inutile de courir ce n’est pas une course. J’ai juste prévu d’arriver à Brest pour 18 heures histoire d’éviter le gros de la circulation du dimanche soir.

Une bonne douche bien chaude. Encore un bon sandwiche et voilà l’heure de se coucher.
J’ai prévu de prendre un cachet pour dormir. Comme je tombe de sommeil, finalement je ne le prend pas. Erreur !
Effectivement je m’endors comme une masse… pour me réveiller 90 minutes plus tard et commencer à tourner en rond. Mais maintenant il est trop tard pour prendre le fameux cachet. Mettant quatre heures à s’éliminer, je n’ai pas envie de reprendre la route de nuit en étant encore « comateux ».
Bref je vais passer le reste de ma nuit en dormant par petits bouts.
Que cela me serve de leçon. Je ne prends jamais de cachets pour dormir. Il n’y avait aucun risque à en prendre un et au contraire tout à perdre à ne pas en prendre.

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Si t’as du mal à roupiller
Viens donc faire un tour à Lambé

En finissant de ranger mes affaires ce dimanche matin, j’entends Gilbert et Désiré qui s’en vont. Ma chambre donne du côté de la remise et les chaussures de vélo dans le graviers ça fait du bruit !
« Un peu avant 05h00. » avais-je répondu à Gilbert… effectivement il est 04h57 lorsque je reprends la route !

Au départ le ciel est parfaitement dégagé, un magnifique bleu-nuit, un fin croissant de lune. La température est agréable.
Mais petit à petit le ciel ce couvre, la température (ressentie) baisse et le bleu-nuit cède la place à un gris-jour-triste !

Comme l’an dernier je traverse des villages « morts », c’est-à-dire où tous les commerces sont fermés. Il devient impossible de trouver un café d’ouvert le dimanche matin en Bretagne !
Mes espoirs reposent sur Pluméliau (Km 421) où l’an dernier j’avais trouvé une supérette ouvrant à 08h00.
Ce coup-ci j’ai calculé mon plan de route en conséquence, prévoyant de m’y arrêter et d’y déjeuner.
La supérette est bien là, elle vient d’ouvrir. Je m’achète des sandwiches que je consomme sur place, gardant mes stocks pour le reste de la journée.
Pour la boisson il faudra se contenter de St-Yore, le café n’ouvre qu’à 09h00 lui ! (Enfin c’est ce que l’on m’a dit, je n’ai pas attendu pour vérifier).

En arrivant à Guern (Km 436), enfin un café d’ouvert !
Nous sommes nombreux à nous y retrouver…
Je savoure mon grand café. La patronne me demande ce que l’on fait, d’où l’on vient, où l’on va… Évidement la réponse à toute ces questions suscite immédiatement la même réaction de la part de l’assistance. 600 bornes à vélo dans le weekend…

Bon je les laisse réfléchir sur le sujet et reprend la route sans tarder.

Dans mon rétroviseur j’aperçois un cyclo qui tente de me suivre. Je le perd un peu dans les bosses, il se rapproche dans les descentes. Je lève un peu le pied et il me rejoint.
Il reste quelques minutes derrière moi puis monte à ma hauteur et me dit « je suis crevé, ça ne t’ennuie pas si je profite des tes roues ? »
Cela ne me gène pas « tant que tu ne me colles pas trop. Par sécurité. Le vent s’est levé et vu ma prise au vent, il m’arrive de faire des écarts ».

Le parcours qui nous attend est particulièrement cassant.
Je dis à mon compagnon que mon intention est de rejoindre le contrôle de Coray sans m’arrêter. De maintenir un rythme modéré mais constant.
Il peine dans les côtes mais profite des descente pour me rattraper. Au début cela m’intrigue. Généralement, du fait de mon poids (et oui, grand = lourd) dans les descentes je double tout le monde. Et puis je réalise que le vent nous est nettement défavorable et que mon collègue, bien plus petit, est beaucoup plus aérodynamique !

Lorsque le relief le permet nous discutons un peu et j’apprends petit à petit que Georges vient de Saint-Malo, qu’il a déjà 5 Paris-Brest-Paris à son actif et que le prochain « sera le dernier ».
- Ah bon ?
- Ben oui j’ai passé les 70 ans !

Deux gars qui semblaient cramés à Guern nous rattrapent et nous doublent. Nous les voyons continuer tout droit dans une longue et terrible côte là où… il fallait tourner juste avant à droite pour rejoindre Le Faouët par une petite route moins violente !
Du coup nous arrivons à Coray avant eux. Rien ne sert de courir, encore faut-il savoir où l’on va !

Au contrôle de Coray nous retrouvons un certain nombre de gars. Dont Gilbert, Désiré, et plein de cyclos du club de Brest.

Nous profitons de l’arrêt pour bien nous alimenter. La partie suivante étant encore bien cassante. Nous devons rejoindre le Roc Trévézel mais auparavant nous avons la vallée de l’Aulne à franchir.

Après une bonne coupure nous repartons. Ma décision est prise, moi qui roule généralement seul, je vais guider Georges jusqu’à Brest.

Si t’en as marre de galérer
Viens donc faire un tour à Lambé

Après Coray cela commence par de bonnes descentes. J’en profite pour mettre le turbo. J’ai vu que Georges descendait bien, autant gagner du temps avant les côtes qui nous attendent pour remonter jusqu’au Roch Trévézel.
En chemin Georges éprouve le besoin de faire une pause technique. J’en profite pour m’allonger dans l’herbe. De retour de sa « cachette » mon collègue me branche : « je suis sympa avec toi, je te laisse le temps de te reposer ! ».

Finalement nous rejoignons la D764 à Croas an Herry. À partir de maintenant nous roulons sur nos traces de la veille. Encore 6500 mètres et nous voilà au Roc Trévézel.
15 kilomètres de plus et c’est Sizun, septième et dernier contrôle.
Un Perrier pour moi, un grand café pour Georges. Chacun mange ce qu’il lui reste et… il va être temps de s’attaquer au dernier tronçon de ce brevet : 39 kilomètres, sachant que la partie Landerneau-Guipavas n’est pas de tout repos…

Si ton brevet tu veux terminer
Viens donc faire un tour à Lambé

De Guipavas je reprends la petite route qui rejoint la zone industrielle de Kergaradec, traverse celle-ci (un vrai labyrinthe) et nous arrivons finalement à la maison de Quartier de Lambezellec.

Bilan : 606 kilomètres et 5684 mètres de dénivelé cumulé soit une moyenne de 938 m / 100 Km.

Matmatah : Lambé An Dro ;-)

mai 092011
 

Ce weekend avait lieu le BRM 400 de Guipavas, près de Brest (29).

Ce brevet fait partie de la série qualificative (200/300/400/600) pour le Paris-Brest-Paris.

Le départ est prévu le samedi 7 mai à 20 heures pour une arrivée le dimanche avant 23 heures, le délai pour un 400 étant de 27 heures.

Dans la série des quatre brevets imposés pour pouvoir s’inscrire au Paris-Brest-Paris, le 400 passe pour être le plus difficile car il implique une nuit blanche sur le vélo. Le brevet de 600 kilomètres n’étant « que » deux journées à 300 kilomètres coupées par quelques heures de sommeil réparateur (sauf pour les meilleurs qui abattent les 600 kilomètres en moins de 24 heures ni pour les plus lents qui n’ont pas le temps de se reposer et qui vont galérer pendant 40 heures…).

C’est la première fois que je participe au 400 organisé par Guipavas. En 2007 j’avais réalisé ce brevet au départ de Carhaix. Cela dit, un certain nombre de tronçons du parcours me sont parfaitement connus.

7-8 mai 2011 : BRM 400 de Guipavas (29)

Un des problèmes avec les parcours de nuit est la gestion des contrôles. En effet ceux-ci ont normalement lieu dans des commerces (généralement ceux dans lesquels on peut se ravitailler !). La nuit, tout étant fermé, il n’y a pas moyen de se ravitailler et la preuve du passage doit se faire par un autre moyen (envoi d’une carte postale, photo devant le panneau d’entrée de la ville…) à moins que le contrôle ne soit effectué par l’organisation elle-même…

Pour ce 400, quatre des cinq contrôles intermédiaires vont avoir lieu de nuit…
Je me fait un plan de route avec une arrivée le dimanche pour 18 heures soit cinq heures de marge.
Mon intention est de rouler à bon rythme jusqu’à Carhaix (Km 98 – contrôle 2) pour y être vers minuit et profiter d’une bonne pause ravitaillement avant la fermeture des bars.
Ensuite je compte rouler cool pour éviter d’arriver à Quintin (Km 232 – contrôle 4) avant 08h00 le dimanche car je sais par expérience que généralement rien n’est ouvert avant…
Le soucis reste donc le contrôle de Lézardrieux (Km 178 – contrôle 3).

Contrairement au 200 (Trévé-22) et au 300 (Plémet-22) que j’ai été faire dans les Côtes d’Armor, cette fois je participe à un brevet tout de prêt de chez moi. J’arrive donc une demi-heure avant le départ.

Je récupère ma carte de route et apprends deux nouvelles :

  • une petite modification du parcours avant Lanvollon (Km 203), la route initialement prévue étant maintenant interdite aux vélos…
  • l’organisation assure le contrôle de Lézardrieux !

Dans les participants je repère Vincent, diagonaliste et membre du forum Super Randonneur. C’est avec plaisir que je vais le saluer.

7 mai 2011, BRM 400 de Guipavas

20h00 : c’est parti pour 400 kilomètres !

Depuis quelques jours la météo est assez instable avec de bonnes averses orageuses et de bons coups de vent. Nous partons sous un ciel chargé et de grosses goutes éparses…
La première partie est la plus facile en terme de relief : Landerneau, Landivisiau, nous sommes dans la vallée de l’Elorn, c’est facile. Les premières bosses arrivent ensuite en chemin pour Morlaix, mais rien de bien méchant.
J’arrive au contrôle de Morlaix, valide ma carte, fixe ma lampe frontale sur mon casque et repars illico, mon objectif étant un bon ravitaillement à Carhaix avant la fermeture des bars.

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Si le temps n’est pas terrible, en revanche il ne fait pas froid. Je suis parti en cuissard court et manches courtes et compte le rester jusqu’à Carhaix. En effet maintenant ça monte ! La partie Morlaix-Carhaix est même assez atypique pour la région : de la longue montée continue plutôt qu’une succession de montées-descentes comme on a généralement dans la région.

D’un coup le ciel se lâche : je suis trempé mais ne change rien à mon équipement. Le relief m’évite de refroidir et le reste de vêtements restent au sec pour la pause à venir.

En arrivant à Carhaix à minuit comme prévu, je repère dès l’entrée le camping car de l’organisation ! Je valide le contrôle mais décide de maintenir mon projet d’une pause ravitaillement avant « la nuit ».
Je fais le difficile, le premier bar ne me dit rien, le second expulsant une musique bretonne tonitruante ne me convient pas non plus, je m’arrête au troisième (de toute façon s’était apparemment le dernier d’encore ouvert…).
Je pause mon vélo sur la terrasse contre une table à l’abri de la bâche et… hésite un peu. Il y a plein de monde, certains déguisés, c’est bruyant… puis je me dis qu’il n’est pas raisonnable de repartir le ventre vide et de toute façon je n’ai aucun intérêt à prendre de l’avance en pleine nuit. Je rentre donc…
La première chose qui me frappe à l’intérieur (en dehors de gens déguisés) c’est… un cadre de vélo accroché au mur ! Un peu plus au fond il y a même un vieux vélo…
Arrivé au comptoir, le barman, me voyant, brandit illico son tampon ! Inutile, ma carte est déjà validée !
Je commande un coca. Le barman m’apporte un pleine assiette de toasts : saucisson, jambon, pâté… « il faut prendre des forces me dit-il » !
Il m’apprend qu’ils fêtent les un an du bar.
L’ambiance est bon enfant, pas du tout le style « pochetrons qui font la fermeture » mais plutôt étudiants sympa qui passent une bonne soirée.
J’aurais l’occasion de discuter avec plusieurs d’entre-eux, beaucoup connaissent le Paris-Brest-Paris (Carhaix est ville-étape de l’épreuve avant et au retour de Brest), tous sont admiratifs.

Je commande un grand café, il m’est offert par la maison !
Je souhaite refaire le plein de mes bidons, le barman me propose d’y rajouter du sirop !
Je ne regrette pas de m’être arrêté ici ! Quel accueil ! Un excellent souvenir, tout à fait dans l’esprit de ce que je cherche à faire : trouver un moyen terme entre « foncer comme un dingue » sur son vélo et baguenauder sur sa bicyclette. La « troisième voie » (?!) entre cyclosportif et cyclotouriste.

BRM 400 de Guipavas, contrôle de Carhaix BRM 400 de Guipavas, contrôle de Carhaix

Lors de ma diagonale Perpignan-Brest j’avais été tellement choqué par l’accueil lamentable d’un bistrotier de Châteaulin qui avait catégoriquement refusé de tamponner mon carnet de route que je me permets de conseiller vivement de vous arrêter au P’tit Bar de Carhaix, d’autant qu’il est situé sur notre route (26 rue des Martyrs). Donc si le contrôle est bondé lors de Paris-Brest-Paris, un peu plus loin il y a une adresse sympa !

Le P'tit Bar à Carhaix Le P'tit Bar à Carhaix

Bon, ce n’est pas fini ! Il est 01h00 et il me reste 300 kilomètres à faire !

J’enfile mes jambières, mon maillot manches longues et c’est parti pour Lézardieux. 80 kilomètres.

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Vu la longueur de mon arrêt je me dis que tous le monde a dû me passer devant. Aucune importance, je suis mon plan de route.

Je mets tout de même un peu le turbo dans les premiers kilomètres car il faut réchauffer la machine. Il pleuviote plus ou moins, mais cela reste correct.
En chemin j’aperçois des lueurs sur la route : tout un groupe de cylos arrêtés, en train de faire une pause ! Décidément je préfère ma méthode : pas d’arrêt entre les contrôles, mais profiter à fond de ceux-ci.

En traversant Guingamp (Km 146), en franchissant un carrefour, je vois sur ma gauche, un autre groupe arrêté au feu rouge ! Je sais maintenant que j’ai remonté pas mal de monde (à l’insu de mon plein gré !).

Le ciel c’est petit à petit dégagé, une myriade d’étoiles est bien visible. C’est beau une nuit à vélo !

En arrivant à Lézardrieux, troisième contrôle (Km 178), le camping car de l’organisation est bien là, à l’entrée de la ville sur un petit parking.
Certes c’est un contrôle, il y a bien le coup de tampon sur la carte de route MAIS : c’est un ravitaillement du tonnerre !
Sandwiches, soupes chaudes, quatre-quart, café, plein des bidons… à 4h00 du mat’ sous les étoiles ! Quand je pense que certains sont bêtement sous une couette !!!

BRM 400 de Guipavas : le contrôle de Lézardrieux

Un grand merci aux bénévoles. Un contrôle avec un tel ravitaillement, à 180 kilomètres du départ (donc ouvert de 01h14 à 07h52…) chapeau !

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Rassasié je reprends ma route sans attendre le groupe qui s’apprête à repartir. Les premiers kilomètres se font en grelotant, il faut le temps de se réchauffer musculairement pour compenser l’effet du vent sur les vêtements humides (et les pieds trempés…).
Mon objectif suivant est Quintin à 54 kilomètres où j’espère prendre un petit déjeuner.
En attendant il faut d’abord atteindre Lanvollon sans suivre la feuille de route initiale, celle-ci nous faisant passer par une portion désormais interdite aux vélos.
Au départ on nous a distribué une feuille avec le détour à suivre. J’avoue ne l’avoir même pas regardée. Le flair, la signalisation et le GPS m’ont permis de m’y retrouver sans problème particulier.

Dans Lanvollon (Km 203) je rejoins un groupe. Je roule avec eux jusqu’à Quintin (Km 232).

Quintin est normalement une jolie citée, mais en ce dimanche matin au ciel bien lourd, 8 mai de surcroît, l’endroit parait bien vide et triste. Pas un bar d’ouvert, la seule trace de vie s’est recroquevillée dans la boulangerie. Je ne suis pas sûr qu’il restait la moindre viennoiserie pour les habitants à leur lever, nous avons tout dévalisé !
Oui, mais. Après une nuit à vélo, des croissants c’est bon assis au chaud devant un bon café. Là nous nous retrouvons debout dehors, sous un ciel peu engageant.
Je mange un croissant sur place, range le reste et décide de reprendre la route immédiatement en m’arrêtant dans le premier café ouvert.

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Il faudra atteindre le village suivant, Corlay (Km 247), pour enfin trouver un bistrot ouvert. Il était temps, le déluge reprend !
Le patron a de quoi se réjouir d’avoir ouvert. Son chiffre d’affaire a du faire un bon inespéré ce jour là, vu le nombre de grands cafés qu’il nous a servi !

Je déjeune d’une demi-baguette aux céréales et de deux grands cafés, refait le plein de mes bidons, laisse repartir le groupe, il n’y a pas le feu je suis en avance sur mon planning !
Lorsque je repars, l’averse à quasiment cessée.

Le prochain contrôle (le dernier avant l’arrivée) est à Châteaulin (Km 352). L’étape Quintin-Châteaulin étant la plus longue, 120 kilomètres.

Notre ennemi est maintenant clairement le vent. Et plus nous allons nous rapprocher des côtes sud-ouest plus son effet défavorable va se faire nettement sentir.

« Des courants d’air » titre le Télégramme pour sa page météo du 8 mai :

Le Télégramme : météo du 8 mai 2011

Des rafales à 50-60 Km/h sont au menu de la journée.

En superposant notre parcours avec la carte météo de ce dimanche voilà ce que cela donne :

BRM 400 de Guipavas et météo du 8 mai 2011

Si le relief a été relativement facile depuis le départ (hormis le tronçon Morlaix-Carhaix), les derniers 130 kilomètres à partir de Rostrenen (Km 270) vont se charger de nous rappeler que si la Bretagne n’a pas de montagnes, elle est tout sauf plate.

Après Gourin (Km 300) nous franchissons le col de Toullaëron (266 m).

Arrivé à Spézet (Km 312) j’ai malgré tout une bonne heure d’avance sur mon tableau de marche. Je ferais bien une pause repas mais ce jour est particulier : c’est un dimanche et c’est le 8 mai. Depuis ce matin, en dehors des boulangeries et de quelques bars, tout est fermé. Or j’ai très envie de salé. Marre des viennoiseries !
En désespoir de cause j’achète des crêpes à emporter, trouve un banc en plein soleil devant la mairie (et un pub irlandais dans lequel je m’interdit d’entrer !) et décide de m’octroyer une petite sieste.

Lorsque je me décide à repartir, le patron du pub vient me voir. On discute un peu et il me propose spontanément de refaire le plein de mes bidons (non, non, pas de whiskey ni de Guinness !!!).

40 kilomètres de bosses et fort vent défavorable plus loin, j’arrive enfin à Châteaulin, dernier contrôle, au moment où une forte radée se déclenche…

Je me précipite dans une pâtisserie/salon de thé (pas de bar ouvert dans mon secteur) et commande un grand café avec un kouign-amann (gâteau breton composé de 80% de sucre et 120% de beurre salé – au moins ;-) ).

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Il ne me reste plus que 50 kilomètres avant l’arrivée (le même trajet que la fin de ma diagonale Perpignan-Brest jusqu’au pont Albert Louppe).

J’avais établi un plan de route pour arriver à 18 heures, je termine en fait à 17h45. J’aurais pu finir plus tôt (même avec ce vent) puisque j’ai plusieurs fois « trainé » en route.

A vélo, oui ! A la chaîne, Non !

Bilan : 406 kilomètres et 3746 mètres de dénivelé cumulé soit une moyenne de 922 m / 100 Km. Comme lors du BRM 200 de Trévé, mais moins que lors du BRM 300 de Plémet.